Anne Lauricella – Tout ce qu’elle croit

Elle sort le petit cahier vert et noir. Elle se sauve par les mots. Elle croit en ça. Le pouvoir purificateur des mots. Elle nettoie chaque recoin d’elle-même. Elle se réhabilite. Se réhabite. Se réabrite. Se réhabitue. Peur à peur. Peu à peu. A vivre. Ce ne sont que les prémices, le chemin sera long (elle n’en sait rien encore, heureusement. Pour l’instant, elle tient)

Elle tient. Elle tient, malgré Tout ce qu’elle croit. Il y a dans ce roman d’Anne Lauricella, une histoire, et une structure. Le fond, la forme, comme une évidence, une rencontre, un être à soi. D’abord, au fond tout au fond. Le ressenti. L’intime. Ce qu’elle croit. Bouleversement de la croyance et de la non foi en soi. Ce qu’elle croit être, ce qu’elle croit qui n’est pas décent, ce qu’elle croit longtemps, ce qu’elle aime à croire, et puis, quand elle croît. Faillibilité du corps et de l’espace, de la perception de soi, de son histoire, des autres. Illusions enfantines et adolescentes, réalités faussées. Et leur absurdité qui jaillit des mots posés sur le papier.

Et puis, temps deux, L’inventaire ; sans fioritures, au moins au départ. Des pièces, des dénominations, un cheminement. Retour vers le passé par les lieux et les objets, par les sensations physiques de l’environnement immédiat. Par la mémoire des choses. Qui se glisse dans la liste, déstructure l’inventaire, lui donne force d’âme. De vie. De tressautements. La manière dont les cocons qui enferment, contiennent, poussent l’enfance restent inscrits en creux, en bosses, en mémoire, quelque part. Jusqu’au départ.

Temps trois, L’armoire. Les vivants et les joies, la lumière. Pour éviter la douleur infinie qui consisterait à questionner : où sont les souvenirs heureux ? Ceux qui ont existé, c’est certain, et disparu ? Ceux que la mémoire n’aurait pas souhaité, pas pu conserver ?

Ils sont là. Les photos des jours d’avant, avant même l’existence ; et puis le frère et les fous rires ; la complicité des petits riens ; l’amour inconditionnel ou tout comme ; le quotidien, ses disputes et ses retours en grâce. Et puis l’école, et les vacances, et les copines à la maison, les illusions et les désillusions. Les pertes, les colères, les éclats de lumière. Mon enfance me tiraille, m’élance comme une blessure de guerre. J’ai mal au bonheur perdu, à la jouissance d’être, révolue. J’ai mal à la paix, celle qui nous recouvrait comme un voile silencieux, ces fins de matinée, pendant que notre mère préparait le repas et que nous jouions dans la chambre. Mal aux souvenirs, mais ils peuvent être convoqués. Malgré tout. Et l’armoire se fait lumineuse de ce qui ne s’est pas enfuit. Bribes de vie, fragments d’éternité, magnifiés par leur si simple normalité.

C’est un portrait brisé et magnifiquement reconstitué que livre ici Anne Lauricella. Le poids des mots alourdi encore par la poésie des tournures, des images, des associations. Jeux de maux. Mots à sauver, guérir et emporter, ailleurs, plus loin. Derrière chacun d’entre eux, il y a la douleur, l’oubli impossible. Et puis tout en vrac, les remords, les angoisses, la culpabilité, la colère. La vie, mais pas comme elle aurait dû.

 

Anne Lauricella – Tout ce qu’elle croit – Editions Buchet Chastel

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