Hwang Jungeun – Je vais ainsi

Portrait en trois actes. Ou 1001 facettes, d’une histoire (presque) commune. Voilà pour sous-titrer ce Je vais ainsi de la coréenne Hwang Jungeun, roman intimiste, délicat et précieux – il y a cette attention portée au mot juste, à la langue, à l’expression, aux noms – , mettant en scène une fratrie à demi : So Ra, grande sœur rêveuse et responsable ; Na Na, sa cadette, et ses ébullitions ; Na Ki, le petit voisin comme un frère, et ses secrets de derrière les fourneaux.

Hwang Jungeun nous immerge dans une histoire de famille, aux personnages cabossés, tout en silences et tristesses sourdes. De là l’atmosphère entre deux qui se dégage du texte, à la fois terre à terre et onirique, composé de souvenirs, de ressentis, des temps clés d’une histoire de famille brisée net, un jour d’enfance de So Ra et Na Na, par la mort du père, et l’amour effondré de leur mère. Le récit à trois voix permet d’organiser un portrait complexe des personnages, aucun n’étant exactement tel qu’il y paraît, tel qu’il se ressent, tel qu’il nous est présenté, acquérant par le regard des autres une personnalité plus complexe, plus fidèle aussi à la « réalité ».

Les deux sœurs racontent. Ae Ja et ses silences, sa longue et profonde dépression. La misère survenue après la mort du père. Les années passées dans cet étrange appartement, que personne ne visualise réellement, un sous-sol coupé en deux par une cloison, avec à chaque extrémité une pièce commune à deux appartements, entrée et salle de bain. La rencontre avec le fils de la voisine qui voit des esprits dans ces deux sœurs repliées sur leur histoire. Les années passées sous l’œil bienveillant de la mère de Na Ki. Le récit se cristallise, autour de la grossesse de Na Na, dont on ne sait trop ce qu’elle attend, espère, rêve du père de l’enfant à naître – qui n’est pas son mari ; on porte, les angoisses de So Ra ; le silence attentif de Na Ki. On glisse dans le récit sur le fil des mots, des sens aussi, des odeurs, presque du toucher. Et c’est seulement quand Na Ki prend la parole qu’on mesure la portée des bouleversements des existences des uns et des autres. Et que le roman se clôture presque comme une question sans réponse, porté par l’allant de son titre : je vais ainsi.

Hwang Jungeun – Je vais ainsi – traduction du coréen par Jeong Eun Jin et Jacques Batilliot – Editions Zoé

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