Léo Henry – L’autre côté

Léo Henry écrit sur la page de garde : ce petit livre dont on ne saurait dire s’il se dirige vers ou s’il provient de l’autre côté et qui parle, cependant, d’ici et maintenant. Et qui pour mieux en parler ? C’est précisément ce qu’on garde de la lecture de cet Autre côté de Léo Henry. Ce sentiment d’avoir lu un roman d’ici et maintenant, et peu importe les fioritures, et les décors, et les noms, et les castes. Kok Tepa, ses Moines, ses fiévreux. Les routes d’exil et d’abandon, la solitude, les passeurs, l’imprévu qui devient la norme. La peur, l’envie, l’attente, la force et l’inconscience. L’Autre côté est un récit de départ, d’exil, de fuite, d’espoir fou pour un bout de la route qu’on n’atteindra peut-être jamais. Tout là-bas, la lumière, la croyance, le miracle. Il faut des rêves, pour porter les errances et les drames. Celui de Rostam réside dans l’Outre-Monde et ses hôpitaux, qui pourront soigner la maladie de sa fille, Türaberg. Il faut juste parvenir à tracer la route. Et ça Rostam le sait bien : il est passeur. Passeur pour malades en quête d’espoir. Passeur sans risques. Maître passeur, lui qui pense savoir et dompter les chemins de croyance et de désespérance. Naïf, dupé Rostam.
Jusqu’à ce jour.
Ils sont dix-sept, en cercle autour des deux hommes qu’ils ont payés pour les déposer en pleine nuit au milieu de nulle part. Mes passeurs, se dit Rostam. A la file indienne, sacs sur le dos, ils se mettent en marche.
L’autre côté
raconte le drame individuel greffé sur la chute d’un monde, qui n’a de rêvé que l’apparence, à l’abri des murailles. Kok Tepa, cité sainte, juste parmi les justes. Kok Tepa, ombilic de la foi. Kok Tepa, rétine de l’oeil divin, le plus bel endroit sur terre pour ses habitants, mange tes morts pour ceux qui la regardent de loin. Kok Tepa théocratie cauchemardesque à l’ordre bien établi. Kok Tepa ville faillie. Quand vient l’heure du départ, pour Rostam et sa famille, l’espoir se brise. Vite, très vite. Ce qui paraît limpide, depuis l’abri des murs, devient hasard, mensonge, échec. L’autre côté est un récit sans héros, sans lumière, sans grand espoir. C’est une longue marche dans et vers l’inconnu. Une voie de solitude, d’abandon. Un texte sans concessions, pour une histoire dont l’actualité est une évidence. 

Léo Henry – L’autre côté – Editions Payot-Rivages

 

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