Gyrdir Eliasson – Les excursions de l’écureuil

C’est un roman de trente ans d’âge ramené au jour et au français par les Editions La Peuplade, une histoire islandaise et universelle, une histoire d’enfance et de rêve, une Alice au pays des merveilles mais qui serait un garçon et pourchasserait des écureuils en rencontrant chats et renards. Dosage : une part de folklore, une autre d’illusion, beaucoup de nature et puis du paysage. Pas mal de quotidien, l’évasion. Les excursions de l’écureuil, c’est un peu tout ça à la fois. Autant dire, du pas banal, du fantaisiste, du voyage sur des chemins de traverse. Âmes terre à terre, esprits chagrins, ou simplement, rationnels : surtout, s’abstenir.

Tout commence sur un ton (presque) banal et badin : une ferme, ses moutons, quelques arbres, la lande, et Sigmar qui s’éveille. Des soleils de rêve me réveillent et l’espace d’un instant, je ne suis pas sûr d’être dans ce monde ou dans l’autre. Sigmar est un enfant, plus tout petit, mais pas très grand, livré à ce monde restreint, avec ses codes et ses coutumes.

Vive l’enfance. Cet âge où chirurgien de terrain on s’occupe de nounours jaune, dont on dissimule in fine la dépouille mortelle aux yeux du monde. Où l’on sculpte des bateaux qui iront navigant. Où l’on s’inquiète d’une micro-aventure oubliée par tous. Sigmar réinvente le monde qui l’entoure et le pare de charmes insoupçonnés. Son univers est tout entier de couleurs et de sensations, de bruits, de froids et chauds, d’odeurs. A hauteur de petit homme. La porte peinte en bleu du fourneau à bois claque. La cuisine toute entière est bleue, d’un bleu clair singulier. Sigmar enfant solitaire animalise le monde qui l’entoure. Une histoire de compagnonnage : Une toile cirée ornée de biches énigmatiques, perdues dans un labyrinthe. J’ai essayé de leur indiquer la sortie de l’impasse avec la pointe de mon couteau, mais je me suis toujours heurté à un labyrinthe infranchissable. Plus loin : L’aspirateur tel un poisson de pierre dans une grotte marine. Et puis le vieux livre aux images déchirées dans lequel on croise pour la première fois l’écureuil. Et puis des velléités à dessiner et écrire. J’écris et je suis déjà entré à moitié dans le dessin. Le climat y est chaud, le paysage est beau et je n’ai pas envie de faire marche arrière. Je sais pourtant que je ne m’attarderai pas longtemps près de la cabane. Je vais plus loin, je saute le pas, je suis devenu écureuil.

L’originalité du texte, c’est cette césure, p.58. Bascule dans l’onirisme, sans avertissement préalable. On ne peut que suivre. Un deuxième garçon s’est coiffé du casque qui rend invisible, il a disparu. Disparaître pour permettre à l’écureuil d’entrer en scène ! Un écureuil voyageur, le Sigmarécureuil, trublion errant d’un univers magique et animal.  Avec ses petites manies, sa manière bien à lui d’ordonner son existence. En route pour la fin.

Sigmar est un enfant, et son monde a le charme des enfances solitaires, celles qui s’inventent des histoires pour mieux passer le temps. Des enfances de petit explorateur, des enfances aventureuses. Les excursions de l’écureuil tiennent du conte naturaliste, autant que de la fable d’apprentissage. Elles sont une jolie manière de ne pas oublier les charmes et les envolées de l’enfance.

Traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson – Editions La Peuplade.

Gros coup de cœur cette année, à a rubrique récits d’enfance : Neverland, de Timothée de Fombelle. Pour prolonger l’illusion.

 

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