Sandrine Collette / Estelle Nollet

Rayon roman français, deux récits sur le mode catastrophe naturelle et survie. Là où Sandrine Collette, experte es ambiances, s’attarde sur le destin d’une fratrie bancale, perdue sur un bout de terre voué à disparaître, après le passage d’un tsunami, Estelle Nollet raconte la vie et la mort lente d’un groupe de dix robinsons, scientifiques et cuistot, sur un bout de terre australe. Les enjeux sont les mêmes. Il est question d’espoirs et désespoirs, de prises de conscience, d’extrapolations plus ou moins lucides, de lutte, acharnée ou résignée, la question étant toujours la même. Survivre ou pas ? se résigner, ou bien lutter ? Les réponses des uns des autres, à ce jeu du qui perd meurt, n’étant pas loin s’en faut toutes les mêmes.

La réussite de Sandrine Collette, c’est de nous faire entrer dans la tête de son trio, avec ses interrogations, ses doutes, ses angoisses. De nous poser aux côtés de leur mère, de leurs frères et sœurs, de leur père aussi, de nous faire partager leur désespérance résignée, leurs folies, leurs élans. Alors que le monde s’est liquéfié, que les rares pointes émergeantes se font amies aussi bien qu’ennemies, la famille de Louie, onze personnes quand même histoire de faire bonne mesure, se trouve confrontée à des choix a priori impossibles, à des questions, lancinantes, auxquelles aucune réponse satisfaisante ne saurait être apportée. Et s’il y a des longueurs, force est de reconnaître que de bout en bout le roman tient sa promesse. Une histoire familiale sur fond de bouleversements, imprévisibles, et impossibles.

Côté Estelle Nollet, c’est plus compliqué. Direction New Aberdeen, point de basalte caché dans l’océan, un trou de punaise sur un planisphère ou une crotte de mouche sur un globe terrestre oublié dans un grenier. Le choix de l’endroit est juste parfait. Mais il faudrait pouvoir dissocier le fond de la forme. Parce qu’autant on a envie d’aller au bout de son histoire, de savoir ce qui va advenir de son groupe a priori tout ce qu’il y a  de plus sérieux, confronté à l’horreur : l’abandon en terre désertée, sans nouvelle aucune du monde extérieur ; autant, le texte hyper factuel, accroché à l’anecdotique manque d’élan. Les personnages ne parviennent pas à prendre vie (ou alors, trop tard : le récit de la fin du Marshall est une vraie réussite) ; le cuistot, plutôt sympathique, s’égare entre son quotidien et ses souvenirs, mais reste entre deux. Inévitablement, puisque l’incarnation ne prend pas vraiment, la question lancinante devient celle qui hante les survivants : qu’est il arrivé au monde du dehors ? Cruelle interrogation, à laquelle la réponse ne sera malheureusement que (trop) partielle. Le huis clos se mord la queue. Dommage.

 

Sandrine Collette – Juste après la vagueDenoël

Estelle Nollet – CommunityAlbin Michel

 

 

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3 réflexions sur “Sandrine Collette / Estelle Nollet

  1. Estelle Nollet dans son roman Community nous projette dans un ailleurs bien réel que peu connaissent mais qui fait rêver beaucoup : une aventure lointaine sur un îlot volcanique où il faut vivre en autarcie.
    Elle nous fait partager l’allégresse de la découverte des 10 de la mission envoyée pour un an en principe pour protéger ce caillou et les espèces rares qui y vivent.
    Mais le destin réserve bien des surprises et des drames. L’inventivité dont il faut faire preuve, la cohésion de l’équipe, l’égoïsme, la générosité, la violence, l’angoisse, la dépression, la résignation : nous partageons tout sur cette île battue par les flots qui, elle, demeure.
    Une belle leçon qui se suit avec un grand intérêt pour ces réactions humaines, trop humaines et qui pose des questions que l’on évite de se poser bien qu’elles soient vitales, qu’elles nous concernent tous ainsi que le monde où nous vivons.
    Le style enfin, sa beauté, sa nervosité, ses changements à mesure que la situation évolue, le resserrement des chapitres accentuent la dramatisation, rendent l’aventure haletante et le roman fort émouvant selon moi.

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    1. Je n’ai pas été séduite. Mais j’ai aimé l’idée, et le fonctionnement. J’aurais souhaité avoir moins le sentiment de rester finalement très en surface, et donc sur ma faim. D’où l’intérêt d’avoir plusieurs opinions ! Merci Angèle !

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