James Noël – Belle merveille

Ce jour là, je le sais, même si nous continuons à danser sous la lumière tamisée de la ville, même si nous continuons à nous moquer et à pointer du doigt le prédicateur et l’immigré, même si nous peinons à trouver le bon grain de l’ivraie, ce jour là, je le sais, même si nous continuons à lancer des calomnies à tort et à travers pour traîner la colombe dans la boue comme un cochon à deux pattes, ce jour là, je le sais, même si les vautours commencent  à peine leur festin sur le dos de la ville-Prométhée, ce jour-là, une chose est claire comme les yeux de la petite sainte qui vient de naître : Nous sommes tous morts. Nous sommes morts. Un point c’est tout.

C’est cette nuit du 12 janvier 2010, un jour de nuit, la face cachée du système solaire. Voilà Haïti soufflée. Et la si belle Amore, tout à la fois fée, tigresse de Frangipane, qui via son ONG embarque avec elle direction Rome Bernard, être désaccordé dont on ne connaîtra pas le (vrai) nom, puisqu’Appelle-moi Bernard, mon nom magique.

Belle merveille est une histoire d’amour, pour une femme, pour une île, pour une vie. C’est l’histoire d’un voyage entre Haïti et l’Italie, le temps de creuser l’imaginaire d’une île, ses multiples voix, dans les mots heurtés de ses habitants, syncopés, bouleversés, entrechoqués. Le roman avance avec cette cohérence décalée, chaloupée. Bernard est ailleurs, dans un entre deux, différent. Il vide son sac de mots et de maux, au chevet de son ile. Amours, rencontres, sexualité, souvenirs, morts. Tout est là, y compris l’espoir, dans ces mots poésie, à la narration originale. 

Tout est désolation, dislocation, dévastation dans le sud du pays, l’ouragan Matthew est passé par là. Qui l’aurait dit, moins de sept ans seulement après l’onomatopée de fin du monde, le goudou-goudou de Port-au-Prince, qu’un ouragan allait souffler la bougie qui tient l’âme fragile de la paysannerie. Sept ans Port-au-Prince dansait, voltigeait, batifolait dans un rythme endiablé. […] La population, essoufflée, assoiffée, décoiffée sous le vent. Le vent mauvais a rendu chauves davantage les montagnes. Les montagnes derrière les montagnes ne gardent même pas, pour la forme, une feinte de verdure, pas une seule touffe d’herbe pour l’illusion des cabris et des chevaux de l’empereur. Les maisons en toit de chaume, en toit de vétiver, en toit de tôle sont emportées par les vents et les flots. Les vies dansent, valsent, flottent comme des bouchons dans les méandres de la mort. La catastrophe est sans bornes.

Difficile de dire « autour » des mots de l’auteur, qui filent à leur propre rythme, entre chant et litanie longue, pap pap papillon, dit la formule. James Noël, poète, invente une forme romanesque qui lui ressemble.

 

James Noël – Belle merveille – Zulma

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