Medoruma Shun – Les pleurs du vent

Là-haut sur l’ossuaire, au sommet de la falaise, un crâne pleure. Les lieux sont sacrés, hantés, secrets. Quand Shin lance « Chiche qu’on monte ? », c’est Akira qui grimpe, fait face, tombe, fuit. Nous sommes à Okinawa, l’île de Medoruma Shun. Une île à part, où la nature explose, où prolifèrent banians et liserons, où marchent les crabes. Une île à l’écart, comme presqu’oubliée du reste du Japon. L’arrivée d’un journaliste en quête d’une histoire à sensation pour une émission télé sur la fin de la guerre fait figure de petit miracle au village ; sauf pour Seikichi, le père d’Akira. Lui qui mieux que personne connaît l’histoire du crâne maudit.

Les pleurs du vent, c’est l’histoire de la bataille d’Okinawa à travers le souvenir et les ombres de jeunesses enfouies. Fuji le journaliste a été membre d’un groupe de kamikazes. Blessé par un de ses camarades (lui se demande encore pourquoi ?…), il n’a pas participé à la bataille d’Okinawa. Et survécu. Seikichi lui était là, cette nuit qui a vu l’installation du crâne dans l’ossuaire. Pour cause. C’est son propre père qui a hissé le mort. L’a installé, déshabillé, nettoyé. Fuji et Seikichi se croisent, se heurtent, s’opposent, s’évitent. Il y a comme un parfum de duel dans leur confrontation, étouffée par les lianes, la végétation envahissante, le poids de la mémoire. C’est pourtant la même aspiration qui les porte. Quelque chose qui tiendrait de la recherche du pardon, de la soif de rédemption, du besoin de savoir.

Medoruma Shun écrit avec une remarquable délicatesse, au plus près de ces années de guerre, de ses propres souvenirs. Les pleurs du vent est un roman pudique autant que secret, tout en retenue, en discrétion. L’écriture lève des images pour pousser le ressenti : «  À la faveur d’une trouée dans la mer de nuages, un très court instant, il aperçut les contours de l’île. Comme la bouche ouverte d’une plante carnivore, au milieu d’une vaste étendue d’un bleu marine profond. » Tout est là. Les pleurs du vent est moins marquant peut-être que le précédent L’âme de Kotaro contemplait la mer, publié également par Zulma : un recueil de nouvelles tout entier consacré également à l’île d’Okinawa. On n’y retrouve néanmoins cette touche si particulière. Cette écriture sur un fil, fragile, en marge du temps. Jamais très loin des hommes. Juste un peu ailleurs.

Traduit du japonais par Corinne Quentin – Zulma

Et L’âme de Kotaro : http://www.chronicart.com/livres/medoruma-shun-lame-de-kotaro-contemplait-la-mer/

 

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