Dentier et renards : Arto Paasilinna maître en burlesque

« C’est une chance de naître dans la famille d’un tôlier-ferblantier aimant les enfants et collectionnant les antiquités. Il y a là de toute évidence une forme d’équilibre : un nouveau-né et des objets anciens se complètent à merveille, le passé et l’avenir cheminent main dans la main. »

Absurde, truculence et grand n’importe quoi. Le dentier du maréchal, madame Volotinen et autres curiosités, Paasilinna de 1994 dont Denoël nous propose aujourd’hui la traduction est un Paasilinna dans les règles. De l’humour pince sans rire ou plus souvent potache, de la satire, du picaresque, les tribulations saugrenues d’un héros promeneur et collectionneur par-dessus le marché. La Finlande de Paasilinna est du genre remuant et drôle. C’est bon, de temps en temps, un roman juste comme ça, sans rien de sérieux en apparence. Qui vous met au menu un slip de Tarzan et Johnny Weismuller, le dentier d’un maréchal, une clavicule de Jésus authentique de l’An 700, une guillotine, des poils pubiens, « les plus vieux poils de chatte d’Europe ». Classe ? Et philosophique : «En contemplant la précieuse toison, Volomari Volotinen en vint à penser à celle de son épouse Laura. Il en conclut que bien que l’humanité ait connu en douze mille ans des progrès foudroyant dans de nombreux domaines, elle n’avait pas fondamentalement beaucoup changé. » On ne s’embarrasse pas de belles manières chez Paasilinna. On laisse le temps couler, pour se laisse porter par le temps ou les rencontres en tous genres : « Rien de plus agréable que de naviguer à la perche sur des petits cours d’eau forestiers à la recherche d’hypothétiques dieux-poissons en compagnie d’un vieux trappeur expérimenté ».

Depuis 1972, Arto Paasilinna a livré quelques 35 romans fourre-tout et sans tabous, joyeusement loufoques. Le Dentier du maréchal ne fait pas exception à la règle, même s’il tient plus du fourre-tout que du roman. Volomari collectionne, les chapitres s’empilent, les pièces rares s’ajoutent les unes aux autres. Il n’y a pas vraiment de liant, le fil conducteur est réduit à son strict minimum. Il n’en reste pas moins de vrais bons moments et un art certain de tourner Finlande et monde en dérision.

Et pour qui voudrait aborder autrement l’univers décalé de Paasilinna, Futuropolis publie La forêt des renards pendus, un des grands romans du finlandais, revisité par Nicolas Dumontheuil. Une vraie belle rencontre pour une mise en image sépia toute en fraîcheur et qui  assume sans sourciller l’absurde et le burlesque du texte original, pour un voyage au fin fond des forêts lapones.

Denoël (& d’ailleurs) – traduction du finnois par Anne Colin du Terrail ; Futuropolis – adaptation de Nicolas Dumontheuil de La forêt des renards pendus.

 

Et en poche, chez Gallimard, La forêt des renards pendus, mais aussi Le lièvre de Vatanen, Petits suicides entre amis ou tout juste publié, Moi, Surunen, défenseur des peuples opprimés.  Et plein d’autres – largement de quoi s’occuper.

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